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Géopolitis21

Tchétchénie et Russie, histoire d’une tragédie.

15 Octobre 2010 , Rédigé par hunza Publié dans #Géopolitique

Depuis plus de 2 siècles, les Tchétchènes et les Russes sont ennemis. Au 18ème, la Russie qui « pousse vers les mers chaudes » arrive en Géorgie, en Azerbaïdjan et en Arménie. Pour bénéficier de la continuité territoriale, il lui faut donc pacifier cette montagne du Caucase où vivent, entre autres, les Tchétchènes et les Avars qui veulent garder leur indépendance. La guerre ne cessera plus de marquer l’histoire des relations entre Russes et Tchétchènes.

 

1. La guerre du Caucase (1816-1859)

 

En 1816, le tsar Alexandre I décide de mettre fin à l’insécurité qui règne dans les régions montagneuses du Caucase et nomme le général Ermolov pour se charger de la pacification. C’est ce dernier qui est à l’origine de la fondation de Grozny en 1819.

L’arrivée au pouvoir du nouveau tsar Nicolas I entraîne son remplacement en 1829. Dès lors, pour les Russes, les difficultés militaires vont s’aggraver. En 1834, le cheik Chamil, qui est d’origine avar, prend la direction de l’insurrection. En 1842 et en 1845, deux expéditions russes de plus de 10 000 hommes débouchent sur des défaites cuisantes. Il est vrai que le terrain très boisé et accidenté profite aux embuscades meurtrières.

Il faut attendre la fin de la guerre de Crimée pour que le prince Baratynski rassemble une armée de 200 000 hommes pour conquérir la Tchétchénie. D’avril à août 1859, tout en pratiquant la déforestation sur son passage pour éviter les embuscades meurtrières, les Russes conquièrent toute la Tchétchénie et font prisonnier le 25 août Chamil, le chef devenu légendaire. Dès lors la résistance devient sporadique et plus d’un tiers des Tchétchènes, plutôt que de se soumettre, choisit l’exil vers l’empire perte ou ottoman.

La Russie annexe la Tchétchénie en 1859.

 

2. La période stalinienne

 

Les Tchétchènes sont hostiles à la révolution car elle vient de Moscou. Et plus encore, car elle combat les religions et donc l’islam.

Le 5 décembre 1936, Staline accorde le statut de république autonome à la Tchétchénie-Ingouchie.

En 1940, alors que l’URSS est en guerre contre la Finlande, la Tchétchénie en profite pour proclamer son indépendance. L’insurrection ne sera écrasée qu’après la bataille de Stalingrad. Du 23 au 28 février 1944, la déportation vers l’Asie centrale de plus de 500 000 Tchétchènes et Ingouches est organisé par Béria à la demande de Staline. Officiellement, c’est pour les punir d’une collusion avec les Allemands mais, officieusement, c’est parce que les Soviétiques n’ont jamais réussi à « mater » la résistance de ces peuples. Il y aurait eu plusieurs milliers de morts mais ne dispose pas vraiment d’archives recensant le nombre exact de victimes.

Ce n’est qu’en 1957 que les Tchétchènes et Ingouches peuvent revenir sur leur terre natale grâce à Khrouchtchev.

 

3. L’indépendance de 1991

 

Profitant de la décomposition de l’URSS en 1989, toutes les républiques soviétiques déclarent leur indépendance. Parmi les républiques autonomes, seule celle de Tchétchénie-ingouchie fait de même le 27 novembre 1991 mais la Russie ne la reconnaît pas.

Djokhar Doudaïev, ancien général de l’Armée rouge, est élu président.

En octobre 1992, l’Ingouchie, inquiète des dérives mafieuses de la Tchétchénie, décide de rejoindre la fédération de Russie.

De plus en plus d’incidents éclatent entre les indépendantistes et l’opposition tchétchène pro russe sur fond de pétrole. Car la Tchétchénie est un pays riche en hydrocarbure et où passe un oléoduc évacuant transportant le pétrole de la Caspienne vers l’ouest.

 

4. La première guerre de Tchétchénie (1994-1997)

 

La Russie décide de rétablir l’ordre en Tchétchénie et y envoie l’armée le 11 décembre 1991. Au départ les généraux russes pensent que la pacification se fera assez facilement car Doudaev était un des leurs. Mais ce sera un désastre car si les Tchétchènes s’entredéchiraient avant décembre 1991, ils s’unissent contre l’ennemi commun qu’est le Russe depuis la fin du 18ème siècle.

Les Russes s’emparent de Grozny le 9 février 1995, ils auront le plus grand mal à tenir la capitale (elle sera même reconquise par les Tchétchènes pendant 4 jours en mars 96 …) et ainsi que le reste du pays.

Le 21 avril 1996, Doudaiev est tué par les forces russes.

Finalement, les accords de Khassaviourt sont signés le 31 août 1996 entre le général Lebed, héros d’Afghanistan, et le chef d’état major de l’armée tchétchène, Aslan Maskhadov. Ils prévoient le retrait des troupes russes et une importante autonomie aux Tchétchènes tout en reportant le règlement définitif du statut du pays en … 2001.

Là encore, le bilan humain de cette guerre reste difficilement chiffrable : il y aurait eu plus de 80 000 morts côté Tchétchènes, plus de 4 000 soldats russes tués et plus de 150 000 réfugiés principalement en Ingouchie.

 

5. La Tchétchénie entre 1996 et 1999

 

Alors que les dernières troupes russes quittent le territoire en 1996, les violentes luttes entre Tchétchènes reprennent et le pays devient une vaste zone de trafic en tout genre avec, en sus, l’arrivée de l’islam extrémiste (wahhabisme) apporté par les volontaires musulmans venus combattre aux côtés de leurs frères Tchétchènes contre les « infidèles » russes. Pour la population, la quasi indépendance se révèle être un échec.

Le 27 janvier 1997, Aslan Maskadov est élu président. A deux reprises, pour éviter la guerre civile, il est amené à choisir le redoutable chef de guerre, Chamil Bassaiev, comme premier ministre. Le 3 février 1999, la Tchétchénie devient une république islamique avec la charia comme source principale de la législation.

En août 1999, c’est Vladimir Poutine qui devient premier ministre en Russie. Dans l’optique de la mise à l’écart de Boris Eltsine et des présidentielles russes de 2000, il va mener une politique de force pour restaurer la grandeur de la Russie.

 

6. La deuxième guerre de Tchétchénie (1999-2009)

 

Suite à des attentats sanglants commis à Moscou en septembre attribués aux Tchétchènes et à une incursion armée d’islamistes tchétchènes au Daghestan voisin, les Russes ripostent en envahissant la Tchétchénie le 1 octobre 1999. C’est un peu la revanche de la première guerre qu’ils n’avaient pas vraiment gagnée. C’est surtout l’occasion pour Poutine de montrer à son peuple et au monde que la Russie ne se disloquera plus, qu’elle revient sur la scène internationale et qu’elle saura se faire respecter. Et puis, n’oublions pas que la Tchétchénie se trouve sur le chemin d’évacuation du pétrole de la Caspienne même si un nouvel oléoduc qui la contourne est en cours de construction depuis 1994.

Grozny est prise le 16 février 2000.

Le 14 juin 2000, le mufti Akmed Kadyrov est nommé à la tête de l’administration tchétchène. A noter qu’il était l’allié des indépendantistes durant la 1ère guerre tchétchène. Les attentats du World Trade Center en septembre 2001 fournissent à Poutine l’argument de sa lutte contre le terrorisme islamique d’Al Qaïda en Tchétchénie alors qu’il s’agit avant tout d’une lutte pour l’indépendance. Le pays connaîtra encore de multiples soubresauts sanglants mais la poigne des Kadyrov, le fils d’Akmed, Ramzan, succédant à son père assassiné le 9 mai 2004 unie à celle des forces russes réduiront considérablement le pouvoir de nuisance de la résistance.

Le 8 mars 2005, Aslan Maskadov est tué par les forces russes ce qui va porter un coup sévère à la résistance.

Ramzan Kadyrov est élu le 5 avril 2007 et le 16 avril 2009 Poutine annonce la fin de l’opération « antiterroriste » en Tchétchénie. Cependant, l’insécurité demeure dans le pays entre les miliciens de Kadyrov et les « combattants islamistes » dirigés par Dokou Oumarov qui s’est autoproclamé chef de l’émirat islamique du Caucase.

Encore une fois, le bilan humain de cette 2ème guerre est quasiment impossible à dresser tellement les chiffres sont invérifiables aussi bien du côté tchétchène que celui des militaires russes.

 

Conclusion :

 

Les guerres ont fait fuir la majorité des Russes qui habitaient en Tchétchénie. Le recensement de 2010 donnera une image plus précise de l’actuelle composition de la population et de son nombre. Lors du recensement de 2002, on comptait 1.3 million de Tchétchènes dont 1.031 647 qui résidaient en Tchétchénie soit 97 % de la population totale pour une superficie de 19 000 km² soit 2 fois un département français.

La Tchétchénie n’est plus primordiale pour le pétrole russe car un oléoduc la contourne mais tenir le pays, c’est s’assurer pour la Russie, que d’autres républiques ne la suivent pas dans la voie de l’indépendance. On peut toutefois se demander si, avec Kadirov au pouvoir, la Tchétchénie n’a pas plus d’autonomie qu’elle n’en a jamais eu … et rien ne dit que l’idée même d’indépendance soit définitivement abandonnée ….

En février 2010, Poutine, conscient que le tout sécuritaire n’est pas la solution pour ramener la paix, nomme une sorte de super préfet de la zone du Nord Caucase. Ce dernier a pour mission de combattre la corruption et de mettre du social et de l’économique au cœur cette région qui reste décidemment une zone de turbulences pour la Russie.

Mais les Tchétchènes peuvent-ils pardonner aux Russes tout ce qu’ils ont subi dans leur histoire depuis 2 siècles ?

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Lalo 05/05/2016 17:09

Certaines informations ne sont pas tout à fait exactes. En effet, Chamil ne s'était pas fait "capturer" car il s'est tout simplement rendu. Plusieurs chansons populaires ont vues le jour, les paroles étant " retournes toi Chamil". Car lors de sa fuite, il était de dos aux guerriers tchétchénes, et celui-ci savait très bien que s'il se retournait il se serait fait descendre (les tchétchénes ayant pour principe de ne pas tirer dans le dos).
De plus, le wahabisme ne s'est pas propager à cause de " volontaires musulmans venus combattre aux côtés de leurs frères Tchétchènes contre les « infidèles » russes" mais des tchétchénes déjà initiés. Par ailleurs, je drouve ça assez drôle ces balivernes comme quoi il y aurait eu des étrangers (hors ingouches, ou une trèeeees petite poignée de dagestanais) qui auraient combattu lors de la première guerre. Je sais de source sure qu'il y avait autant de "volontaires" que j'ai de doigts sur ma main. Petite anecdote : un homme d'origine maghrébine prétendait que son cousin aussi était parti faire un soi disant "djihad" en tchetchenie, et on lui a rit au en disant qu'il était p-e parti élever des vaches en Turquie mais surement pas prendre part à la guerre.
Donc juste qlques vérités qu'il me semblait important de préciser.
Bonne continuation.

Akiev 11/02/2016 14:18

il n'y a pas assez d'informations dans cet article

anonyme 25/05/2015 12:42

j'aimerai voir la liste des mort. j'ai une ami tchétchène qui a perdu son père, mais on ne sait si il est mort

adaz 09/05/2014 16:45

Un manque d'informations dans cet article