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Géopolitis21

Le Soudan et le référendum de janvier 2010 au Sud-Soudan

20 Décembre 2010 , Rédigé par hunza Publié dans #Géopolitique

Depuis son indépendance, le plus grand pays d’Afrique qu’est le Soudan vit une situation de guerre civile. D’abord dans le sud et depuis 2005 au Darfour. Mais c’est la situation dans le sud que je vais aborder dans cette note. Car, le 9 janvier 2011, un référendum devrait y avoir lieu qui pourrait remettre en cause le principe d’intangibilité des frontières en faisant éclater le Soudan. Or ce principe avait été énoncé par l’Organisation de l’Union africaine en 1961 afin d’éviter les conflits que les frontières artificielles fixées par le colonisateur pourraient faire naître après les indépendances acquises dans la douleur. Déjà, l’Erythrée en 1993 s’était séparé de l’Ethiopie mais il s’agissait d’un accord à l’amiable entre les deux Etats alors que, dans le cas du Soudan, il s’agirait d’une séparation - si séparation il y a - acquise après un conflit.

 

Un peu d’histoire :

 

Le Soudan a été conquis par l’Egypte en 1820/1821. A la fin du 19ème siècle, il est devenu un condominium anglo-égyptien jusqu’en février 1953. Le 1er janvier 1956, il devient indépendant après l’organisation d’un référendum alors que l’Egypte voulait le rattachement du Soudan ….

Mais pour le Soudan les difficultés pour devenir une nation sont énormes car le territoire est immense et les populations extrêmement différentes comme leur histoire. Au nord, on trouve les arabes et arabophones et au sud les populations africaines. Au nord, la religion est l’islam alors qu’au sud l’animisme et le christianisme dominent. Et les dirigeants arabes et musulmans vont vouloir exercer leur autorité sur le sud qui va le refuser.

 

La 1ère guerre civile débute en août 1955 pour s’achever le 27 février 1972 avec les accords d’Addis Abbeba qui reconnaissent les droits politiques et religieux du sud.

Le bilan humain de cette 1ère guerre civile est terrible : il y aurait eu 1.5 millions de morts.

 

En 1983, la guerre civile reprend au sud. D’une part, en raison des accords d’Addis Abeba qui ne sont pas respectés mais surtout parce que du pétrole a été découvert dans le sud. Le chef de cette nouvelle rébellion s’appelle John Garang. A partir de 1993, les USA vont le soutenir. Et plus encore avec l’arrivée du « très chrétien » Georges Bush à la présidence américaine.

Le 9 janvier 2005 les accords de Nairobi sont signés. De nouveau la particularité du sud est reconnue par Khartoum avec la création d’un gouvernement régional doté d’un exécutif, d’un parlement, d’une constitution et d’une police. Les revenus du pétrole sont partagés à 50 % entre sud et nord et au bout d’une période de 6 ans un référendum d’autodétermination doit être organisé. En attendant, Khartoum renonce à appliquer la charia dans le sud, attribue 1/3 des postes ministériels aux sudistes ainsi que 30 % des postes dans la fonction publique.

Le bilan humain de cette 2ème guerre civile est encore plus lourd que le 1er car on comptabiliserait plus de 2 millions de victimes.

John Garang devient vice président du Soudan le 9 juillet 2005 mais il meurt dans un accident d’hélicoptère ( ?) le 31 juillet. C’est Salva Kiir qui lui succède.

 

Le Soudan aujourd’hui :

 

C’est un pays de 2.5 millions de km² traversé par les Nil bleu et blanc qui se réunissent à hauteur de la capitale Khartoum.

C’est le fleuve Bahr el-Arab qui marque la fracture ethnique entre arabes et africains.

Le recensement de 2008 dénombre environ plus de 39 millions d’habitants dont 8.2 millions de Sud-Soudanais, chiffre évidemment contesté par les Sud-Soudanais.

Le PIB se monte à  54.6 milliards $ soit 1 300 $ par habitant en 2009 (banque mondiale).

La richesse économique du Soudan est le pétrole avec une production quotidienne en 2009 de 490 000 barils /jours et une réserve estimée à 6.7 milliards de barils (statistiques de BP). Or ce pétrole qu’achemine un pipeline vers Port Soudan est essentiellement produit au sud ….D’où le contexte explosif du référendum du 9 janvier  2010.

Suite à l’embargo US décrété en 1997 à l’encontre du Soudan pour son soutien au terrorisme et sa guerre au Sud-Soudan, la Chine est devenu le principal fournisseur et client du Soudan car seules les hydrocarbures l’intéressent et pas ce que fait le régime. A la différence des Occidentaux qui ne cessent de dénoncer aujourd’hui Khartoum pour son attitude au Darfour. D’ailleurs la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt à l’encontre du président soudanais en exercice, Omar el-Bechir le 4 mars 2009. Sans effet jusqu’à présent.

 

Le sud Soudan :Sud-Soudan-copie-2

 

Avant l’indépendance du Soudan, la Grande Bretagne s’était interrogée sur l’avenir de ce sud si différent du nord et avait même envisagé de le rattacher à l’Ouganda.

 

Traversé par le Nil blanc, la superficie du Sud-Soudan est de 700 000 km². Il est totalement enclavé et ses voisins sont l’Ouganda, le Kenya, l’Ethiopie, la République du Congo-Kinshasa et la République centrafricaine. La capitale est Juba.

 

La population y est extrêmement divisée et, en 2009, il y a eu plus de 2 500 morts dans des conflits tribaux. En 2010, on y observe une activité inquiétante de la LRA (l’armée de résistance du « seigneur ») qui a été chassée d’Ouganda. Ainsi la paix n’a jamais vraiment régné dans la région depuis 2005. Probablement avec l’aide active de Khartoum qui n’a pas intérêt à la partition. A tel point que nombreux sont les réfugiés sudistes à ne pas être revenus.

 

Si les USA soutiennent le sud Soudan pour des raisons géopolitiques (le Soudan est islamiste et son principal allié est la Chine), il entraîne derrière lui ses alliés à majorité chrétienne que sont l’Ethiopie et l’Ouganda. Sans oublier Israël qui a tout intérêt à vouloir déstabiliser le Soudan musulman ainsi que faire pression sur l’Egypte en se servant du Nil. Quant à l’Erythrée, tout ce qui peut contrer l’ennemi éthiopien est bon pour elle et, donc, son soutien sera pour Khartoum et non Juba.

 

Si le Sud-Soudan choisit l’indépendance, la question de l’évacuation du pétrole se posera et il n’existe pour l’instant aucune autre alternative que le pipeline qui traverse le Soudan. Et puis il y aura la question de l’exploitation des eaux du Nil pour mettre en valeur les terres. Or puiser dans le fleuve, c’est aller à l’encontre du traité signé entre l’Egypte et le Soudan en 1959 et pour l’Egypte, c’est un casus belli ….

 

Les accords de Nairobi faisaient aussi référence à la région d’Habyé en y prévoyant la tenue d’un autre référendum d’autodétermination. Bien que peuplée de « sudistes », cette dernière reste située au nord de la ligne de démarcation entre le nord et le sud. Riche en pétrole, Khartoum ne veut pas la perdre. Les sudistes réclament son rattachement. Le 22 juillet 2009, le tribunal international de La Haye a rendu un arrêt qui attribue les zones pétrolifères au Soudan. Quant au référendum, la date n’est plus celle du 9 janvier. Que se passera-t-il si le Sud-Soudan opte pour son indépendance et que la population d’Habyé souhaite la rejoindre ?

 

La région des Monts Nuba est une autre région dont la population est très hostile à Khartoum qui se retrouve au nord de la ligne de démarcation. Mais pour elle, rien n’a été prévu …. Comment réagira-t-elle si le Sud-Soudan dont elle était l’alliée durant les combats devient indépendant sachant que l’armée de Khartoum y a commis des atrocités durant la guerre civile ?

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