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Géopolitis21

Tensions autour du partage des eaux du Nil

25 Novembre 2012 , Rédigé par geopolitique2010.over-blog.com Publié dans #Géopolitique

Le Nil est le deuxième plus long fleuve du monde (6 671 kms) après l’Amazone. Il est formé par :

  • le Nil bleu et l’Atbara qui coulent depuis l’Ethiopie en fournissant 90 % de ses eaux lors de la saison des pluies sur le plateau abyssin (juin à octobre) et plus de 70 % en dehors de cette période. C’est aussi de ses deux fleuves que provient la majorité du limon.
  • le Nil blanc qui prend sa source au delà du lac Victoria au Rwanda dans la forêt du Nyungwe. Il a pour riverains le Burundi, le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, la république démocratique du Congo (lac Albert) et le Sud Soudan.

Le Nil bleu et le Nil blanc se rejoignent en amont de Khartoum au Soudan.

 

 

Le Nil et l’Egypte :

 

 

Hérodote disait que l’Egypte était un don du Nil. Imaginez le désert que traverse une sorte d’oasis de 10 km de large du sud au nord. 96 % des 82,54 millions[1] d’Egyptiens s’y concentrent avec une agriculture intensive qui tente de nourrir le pays.

 

Le 15 janvier 1971 a été inauguré officiellement le barrage d’Assouan qui peut stocker près de 169 milliards de m3 d’eau soit plus de 2 fois la crue annuelle du fleuve permettant ainsi une irrigation permanente de la vallée du Nil, l’augmentation du nombre des récoltes annuelles, d’éviter les inondations mais aussi de produire de l’électricité avec une capacité de 2 100 MW (près de 9 % de l’électricité égyptienne en 2012 vient du barrage d’Assouan). Mais la véritable raison d’être de ce barrage réside dans la crainte de l’Egypte de se voir priver des eaux du Nil. Car le pays ne contrôle pas le fleuve en amont et dépend donc du bon vouloir de ses principaux voisins pour son débit : le Soudan et l’Ethiopie.

 

Or la population égyptienne ne cesse d’augmenter (1 881 000 naissances pour 483 000 décès en 2010[2]) et les besoins en eaux sont vitaux.

 

 

1960

2006

2040

Habitants en millions

27

78

120 ?

 

 

Les relations soudano-égyptiennes :

 

 

Avant 1956, le Soudan formait un condominium avec l’Egypte ce qui assurait au Caire la sécurité sur les eaux du Nil. D’ailleurs, un traité sur le partage des eaux  avait été signé le 7 mai 1929 entre les deux pays qui étaient à l’époque sous domination britannique:

  • 8 % des eaux pour le Soudan
  • 92 % pour l’Egypte

De plus, ce traité excluait toute construction hydraulique sur toute la longueur du fleuve sans l’autorisation du gouvernement égyptien alors même qu’aucun des pays riverains situés en amont hormis le Soudan n’avaient été consulté.

 

Le 1er janvier 1956, le Soudan proclame son indépendance alors que les Egyptiens conduits par Nasser avaient espéré que les Soudanais choisissent de se rattacher à l’Egypte. La vallée du Nil étant beaucoup plus large au Soudan avec des millions d’hectares de terre à mettre en culture, elle aurait pu offrir à l’Egypte la possibilité d’y transférer une partie de sa population en augmentation constante.

Avec l’indépendance de son voisin, Le Caire redoute la remise en question du traité de 1929. Finalement un accord est trouvé entre les deux capitales et un nouveau traité de partage des eaux est signé le 8 novembre 1959 qui octroie :

  • 55.5 milliards de m3 pour l’Egypte qui accepte que le Soudan construise deux barrages et qu’il creuse le canal de Jonglei.
  • 18.5 milliards de m3 pour le Soudan qui accepte la construction du barrage d’Assouan.

Une nouvelle fois, aucun des autres pays riverains situés en amont n’a été associé à l’élaboration du traité.

 

Le Sud Soudan, nouvel Etat riverain du Nil

 

 

En 1983, la guerre civile entre le nord et le sud du Soudan recommence. Les rebelles sud-soudanais (majoritairement chrétiens et animistes « noirs ») reprochaient aux nordistes musulmans « blancs » de ne pas respecter les accords d’Addis Abeba signés en février 1972 qui reconnaissaient les droits politiques et religieux du Sud Soudan.

La construction du canal de Jonglei dans la région du Bahr el Gazal qui devait permettre d’éviter une évaporation importante des eaux du Nil blanc au Soudan en gagnant 4 milliards de m3 est interrompue à partir de 1983 par les attaques des rebelles qui voyaient dans l’assèchement des marais où ils se réfugiaient une volonté de Khartoum de mettre la main sur le Sud-Soudan.

Finalement, les Sud-Soudanais ont obtenu leur indépendance le 9 juillet 2011 mais depuis les relations entre Khartoum et Juba sont restées conflictuelles en raison d’un désaccord persistant sur la délimitation de la frontière et sur la question du pétrole.

 

Le Sud Soudan est encore trop pauvre pour entreprendre quoi que ce soit sur le Nil blanc (barrages, centrale hydro électriques, irrigation) qui pourraient inquiéter les Etats en aval à la différence de l’Ethiopie et Etats de la région des grands lacs

 

 

Les relations entre l’Ethiopie et l’Egypte :

 

 

On peut comparer une partie de l’Ethiopie à un énorme château d’eau. Du plateau abyssin qui culmine à plus de 3 000 m d’altitude s’écoule un nombre important de rivières. Moins connu que l’histoire égyptienne, celle de l’Ethiopie est aussi ancienne.

Aujourd’hui, c’est un pays dont le développement économique est balbutiant car ce pays immense sort à peine d’une longue guerre civile avec les Erythréens et d’une dictature marxiste. Sa population, comme celle de l’Egypte, connaît une forte croissance et si le gouvernement d’Addis Abbeba décide de mettre en valeur les eaux du Nil bleu, ce sera sans accord avec l’Egypte car, pour le moment, ce pays a toujours été tenu à l’écart des négociations sur le Nil[3]. Or pour l’Egypte, ce que fera l’Ethiopie du Nil bleu peut avoir des conséquences dramatiques ….

 

 

2006

2025

Habitants en millions

77

120 ?

 

 

Pourtant, en 1902, il y avait bien eu un traité signé entre l’Egypte et l’Ethiopie qui s’engageait à ne pas toucher au Nil bleu. En 1938, les Italiens qui avaient conquis l’Abyssinie rassurèrent les Egyptiens en leur garantissant qu’ils ne toucheraient pas, eux non plus, au Nil bleu. La 2ème guerre mondiale éclata. Les Italiens furent chassés. L’Ethiopie retrouva sa souveraineté. La question de l’avenir de l’Erythrée se posa. L’Egypte dont les troupes avaient occupé une partie de l’Erythrée dès 1856 voulaient la rattacher au Soudan provoquant la colère d’Addis Abeba et le rejet du traité de 1902.

 

En avril 2011, l’Ethiopie a entrepris la construction du barrage du millénaire sans « l’autorisation égyptienne ». Lorsqu’il sera terminé, il devrait retenir 63 milliards de m3 d’eau et avoir une capacité de production d’énergie électrique s’élevant à 5 250 MW ce qui en ferait le premier barrage hydroélectrique d’Afrique. Sa mise en service est prévue pour 2017 et le fait que l’Ethiopie veuille le remplir en 10 ans inquiète particulièrement Le Caire qui souhaiterait que ce délai soit rallongé à 20 ans pour amoindrir les effets du manque d’eau en aval.

 

L’Ethiopie argue qu’elle a connu de désastreuses sécheresses et qu’elle n’exploite actuellement que 0,2 % des eaux du Nil. Elle a de grands projets d’irrigation pour mettre en valeur des centaines de milliers d’hectares de terres. D’ailleurs certaines d’entre elles sont déjà louées à … Israël qui entretient de bonnes relations avec l’Ethiopie, berceau des juifs falachas.

 

Cependant, l’Ethiopie comme l’Egypte ont connu récemment un changement de gouvernement. En juin 2012, le frère musulman Mohamed Morsi est élu président de la république à la suite de la révolution qui a entraîné la chute d’Hosni Moubarak, et, en Ethiopie, Hailemaraim Desalegn a succédé à Méles Zenawi qui est décédé en août. Un rapprochement diplomatique est donc possible entre ces deux pays.

 

 

Les autres riverains du Nil :

 

 

La Tanzanie, le Kenya voire l’Ouganda projettent de détourner une partie des eaux du Nil pour faire face aux besoins créés par une augmentation importante de leur population et une baisse de la pluviométrie. Or, l’Egypte, se référant aux traités de 1929 et de 1959 signés uniquement avec le Soudan et dans lesquels une clause précise que Le Caire dispose d’un droit de veto sur tout projet de barrage en amont, estime que ces accords sont toujours valables quoiqu’en disent les pays qui n’y ont pas été associés.

Pour Le Caire mais aussi pour son allié de fait soudanais, aucune construction ne doit diminuer le débit des eaux du Nil à leur détriment car cela mettrait leur pays en danger, le Nil étant leur seule source d’eau à la différence des Etats situés en amont qui disposent d’une pluviométrie qui fait défaut à l’Egypte et au Soudan.

 

La Tanzanie, le Kenya et l’Ouganda, qui sont devenus indépendants depuis, contestent, bien entendu, les « droits historiques » de l’Egypte sur le Nil.

 

De plus, l’Egypte, à partir de la révolution des officiers libres en 1952 s’est délibérément tourné vers le monde arabe en laissant de côté son « africanité ». Sa diplomatie s’en est ressentie. L’arrivée d’un nouveau pouvoir au Caire peut changer la donne mais ce dernier est fortement islamisé alors que tous les pays situés en amont du Soudan, qui doivent se conformer au traité de 1959 sans en avoir été partie prenante, sont majoritairement chrétiens, africains et alliés d’Israël.

 

 

Quel avenir pour la question du Nil et de l’Egypte :

 

 

Le 22 février 1999 était mis en place l’initiative du Bassin du Nil (IBN). C’était la naissance d’un espoir pour un règlement pacifique du partage des eaux du Nil car il réunissait tous les riverains du Nil afin qu’ils coopèrent entre eux sur tous les projets concernant la gestion du fleuve.

Cependant, en raison de l’enlisement des discussions, le 14 mai 2010, l’Ethiopie, l’Ouganda, la Tanzanie et le Rwanda ont signé un nouvel accord sur le partage des eaux du Nil, l’objectif étant de remettre en cause le traité signé entre le Soudan et l’Egypte en 1959. Le Kenya l’a signé un peu plus tard. Le 28 février 2011, ce fut au tour du Burundi de le signer. Comme il s’agit du sixième Etat à parapher l’accord, plus rien ne s’oppose à la ratification parlementaire de ce traité à et sa mise en application.

 

Ainsi, l’Egypte, après avoir imposé pendant un siècle l’idée que les eaux du Nil lui appartenaient, se voit contester désormais « ses droits historiques » sur le Nil.

 

En attendant une solution diplomatique difficile à entrevoir car les pays situés en amont ont aussi droit au développement, l’Egypte doit d’abord améliorer son utilisation des eaux du Nil :

  • meilleure irrigation
  • technique de culture différente
  • réutilisation des eaux usées.

 

 

Le 25 novembre 2012

 

 



[1] = source banque mondiale

[2] = UNICEF

[3] = il s’agit des traités de 1929 et 1958 signés entre l’Egypte et le Soudan

 

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fati 25/06/2015 16:04

avec les récents accords entre Addis-Abeba, Khartoum et le Caire, la région du Nil risque une implosion future dans la mesure ou les autres Etats du Nil exigeront plus tard un nouveau partage des eaux du Nil, partage qui pourra influence le débit du Nil en aval. plus encore le soudan du sud revendiquera tot ou tard son entre dans l'initiative du bassin du nil et l'application de l'accord cadre de 2010.

snoring mouthpiece 24/04/2014 13:55

Tensions over the sharing of the Nile waters is a good discussion and i hope that the mutual understanding and respect between the neighbors will prevent any unwanted issues. the rivers are natural resources and it should be shared equally.