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Géopolitis21

Le Bangladesh, cet Etat asiatique méconnu

29 Mai 2014 , Rédigé par hunza Publié dans #Géopolitique

Il y a un peu plus d'un an, le Bangladesh dont on parle peu dans la presse a défrayé la chronique suite à l'effondrement de l'immeuble Rana Plaza abritant de nombreux ateliers de confection qui travaillaient pour des marques connues internationalement. 1 127 personnes périrent. Suite à ce drame épouvantable, les médias parlèrent de ce pays pendant quelques jours puis, plus rien. Le Bangladesh était retombé dans l’oubli. Mais que connait-on vraiment de ce pays hormis ses crus catastrophiques lors de la mousson et de ses ateliers où les conditions de travail sont précaires.

 

 

Présentation du Bangladesh

 

La géographie :

Le Bangladesh, cet Etat asiatique méconnu

La superficie du Bangladesh est de 143 998 km². Trois grands fleuves s’y rejoignent pour former le delta du Bengale qui est le plus grand delta du monde avec 93 000 km² :

  • Le Brahmapoutre qui prend le nom bangali de Jadmuna ; c’est le 4ème grand fleuve au monde par son débit 48.150 m 3/s.
  • Le Gange qui prend le nom bangali de Padna quand il est rejoint par le Jadmuna
  • Le Meghna

 Il y a peu de relief au point que la majeure partie du pays se trouve situé à une altitude très faible de seulement une dizaine de mètres au dessus du niveau de la mer. Il y a 10 % du territoire bangladeshi qui se trouve en dessous du niveau de la mer.

Comme les plaines alluviales forment 80 % du Bangladesh, chaque année plus de la moitié du pays est inondé lors de la mousson ….

 

 

Les frontières :

 

L’Inde et la Birmanie sont les seuls Etats frontaliers avec le Bangladesh mais c’est avec l’Inde que la frontière est la plus longue avec 4 053 kilomètres.

Jusqu’au 6 septembre 2011, date de la signature d’un accord entre les gouvernements indien et bangladeshi qui devait régler définitivement le problème, il existait une particularité territoriale unique au monde entre deux Etats indépendants car chacun des pays disposait d’enclaves territoriales sur le territoire de l’autre :

-      92 enclaves bangladeshies en Inde (Bengale occidental)

-      106 enclaves indiennes au Bangladesh

Et, de plus, il y avait :

-      3 enclaves indiennes au sein d’enclaves bangladeshies

-      21 enclaves bangladeshies au sein d’enclave indienne

L’accord de 2011 prévoyait de « fondre » ces enclaves peuplées en tout de 55 000 habitants dans les territoires où elles se trouvaient afin de permettre à chacun de bénéficier des droits politiques et d’accéder aux programmes sociaux.

 

 

La population :

 

En 2012, la banque mondiale estimait que la population s’élevait à 154.7 millions d’habitants soit ~ 1 075 habitants/km², une des plus importantes densités de population au monde.

Lors du dernier recensement national effectué en 2011, le Bangladesh comptait 152 518 015 habitants (7ème rang mondial), alors qu’en 1961 il n’y avait que 50 millions d’habitants.

Chaque année, la population s’accroit environ de plus de 2 millions de personnes supplémentaires avec des naissances (1) qui s’élèvent à plus de 3 millions et des décès qui approchent le million.

La population est très majoritairement bengalie (2) et parmi les minorités ethniques, on trouve :

  • Les « biharis » : ils ont quitté l’Inde en 1947 et, en 1971, ils  ont été abandonnés par Islamabad en 1971.  Certains ont opté pour la citoyenneté bangladeshie mais pas tous.
  • Les Jumma dans les Chittagongs Hills : ils réclament et reconnaissance de leurs droits territoriaux en tant que peuple indigène.
  • Les Rohingyas : ils vivent près de la frontière birmane.

 

 

L’éducation :

 

L’école est obligatoire et gratuite pour les enfants âgés de 6 à 10 ans mais la pauvreté est telle que beaucoup de familles préfèrent envoyer leurs enfants travailler afin de pouvoir survivre.

 

 

La religion :

 

Par sa population, le Bangladesh est le troisième pays musulman au monde derrière l’Indonésie et le Pakistan. L’islam y est religion d’Etat depuis le mois de juin 1988.

On compte environ 89 % de sunnites (3) et 2 % de chiites auxquels s’ajoutent 9 % d’hindouistes.

 

 

L’économie :

 

L’année 2012 en quelques chiffres (4) :

PIB                                   = 116.4 milliards $

Croissance                         = 6.3 %

Inflation                             = 8.7 %

Chômage                           = 5 %

Solde commercial               = il est négatif avec une perte de 7.7 milliards de $

Transfert des migrants         = 11 % du PIB

            80 % des exportations proviennent de la filière textile.

 

Part des principaux secteurs d’activités dans le PIB (2011) :

  • agriculture            = 19 %
  • industries              = 28 %
  • services                = 54 %

 

En 2013, la moitié de la population vit avec moins de 1 € / jour.

 

Dans le domaine de l’agriculture (5), le Bangladesh occupait en 2012 :

  • le 2ème rang mondial derrière l’Inde pour la production jute avec 1.45 million de tonnes
  • le 6ème rang mondial pour la production de riz paddy avec 33 millions de tonnes (50 millions en 2010).
  • le 12ème rang mondial pour la production de thé avec 61 500 tonnes.

 

Dans le domaine de l’énergie, le Bangladesh dispose de gisements de gaz naturel qu’il exploite (6) :

 

 

2010

2011

2012

Production

19.9 M m3 /an

20.1 M m3 /an

21.8 M m3 /an

Réserves

300 M m3 /an

300 M m3 /an

200 M m3 /an 

 

Pour faire aux pénuries incessantes d’électricité, le Bangladesh a signé un accord avec la Russie en novembre 2012 pour la construction d’une centrale nucléaire avec 2 réacteurs de 1000 mégawatts qui est prévue de débuter en 2015.

 

 

L’histoire du  Bangladesh

 

Jusqu’en 1947, le Bengale faisait parti de l’empire britannique.

 

En 1947, l’Inde acquiert son indépendance mais elle se scinde en deux pays sur des bases religieuses : l’Inde majoritairement hindouiste et le Pakistan musulman. Ce dernier est lui-même formé de 2 entités territoriales distantes de … 2 000 kilomètres et habitées ethniquement et culturellement différente :

  • le Pakistan occidental
  • le Bengale oriental

Le pouvoir va rapidement se concentrer entre les mains des Pendjabis à Islamabad au Pakistan occidental alors que les Bengalis sont majoritaires (54 % de la population).

 

Le 30 septembre 1955, le Bengale oriental est rebaptisé Pakistan oriental.

 

Le 12 novembre 1970, un terrible cyclone suivi d’un raz-de-marée et de graves inondations provoque entre 300 000 et 1 million de morts. Les Bengalis ont l’impression d’être livrés à eux-mêmes car le gouvernement à Islamabad a tardé à réagir.

 

Le 7 décembre 1970 sont organisées les premières élections libres. Au Pakistan oriental, elles sont remportées par la Ligue Awami et par le PPP de Zulfikar Ali Bhutto au Pakistan occidental.  Ces élections consacrent la partition politique du P puisque la ligue Awami n’a pas présenté de candidats au Pakistan occidentale et le PPP n’en a présenté aucun au Pakistan  oriental. Parce qu’ils obtiennent plus de sièges, l’application de la règle démocratique doit  à transférer le pouvoir à Dacca et donc aux Bengalis mais Ali Bhutto ne s’y résigne pas et les généraux d’Islamabad ne reconnaissent pas les résultats. Le président de la Ligue Awami vainqueur des élections, Mujibur Rahman, qui comprend que l’armée ne le laissera jamais gouverner, évoque alors la sécession.

 

Le 25 mars 1971, l’armée intervient dans le cadre de l’opération Searchlight. Mujibur Rahman est arrêté et c’est le début des massacres de grande ampleur mené contre les sécessionnistes.

 

Le 3 décembre 1971, le Pakistan attaque l’Inde en réponse à l’aide militaire qu’apportent sur le terrain les militaires indiens aux rebelles.

 

Le 16 décembre 1971, le gouvernement d’Islamabad doit signer un cessez-le-feu avec l’Inde qui entraine la séparation du Pakistan oriental avec le Pakistan occidental.

Le bilan humain de cette guerre qui a duré 9 mois est terrible pour les Bengalis puisqu’on recense entre 500 000 à 3 millions de victimes …, 10 millions de réfugiés en Inde sans oublier les 200 000 femmes bengalies violées par des soldats pakistanais.

 

Le 16 décembre 1971, le Bangladesh est indépendant. Il va se doter d’une constitution qui fait référence à la laïcité.

 

Le 10 janvier 1972, le chef de la Ligue Awami, Mujibur Rahman, devient chef du gouvernement. Il va assumer tous les pouvoirs, exerçant une quasi-dictature.

 

En décembre 1974, l’état d’urgence est proclamé. Mujibur Rahman instaure un régime présidentiel avec les pleins pouvoirs. La constitution est amendée : diminution des pouvoirs du parlement et instauration du système du parti unique.

 

Le 15 août 1975 éclate un coup d’Etat = le gouvernement pro-indien de Mujibur Rahman est renversé. Mujibur est assassiné ainsi que sa femme, son frère et ses fils. Le général Ziaur Rahman (autre héros de l’indépendance) lui succède. Il remettra en place le multipartisme.

 

De 1975 à 1990, le pays est gouverné par des militaires.

 

En 1977, la Constitution est modifiée pour y inscrire « la confiance absolue et la Foi dans le tout puissant Allah » comme base de toutes les actions.

 

En 1978 est créé le BNP (= Parti Nationaliste du Bangladesh) : c’est un parti plus conservateur et qui est proche des partis religieux contrairement à la ligue Awami qui est plutôt socialiste, laïc et pro indien.

 

Le 30 mai 1981, le général  Ziaur Rahman est assassiné.

 

En 1988, un amendement est voté pour faire de l’islam, la religion d’Etat.

 

A la suite d’un coup d’Etat en mars 1992, le général Muhammad Ershad prend le pouvoir et le gardera jusqu’en décembre 1990. Il  va mener une véritable politique d’islamisation du pays qui va profiter aux partis religieux qui vont connaitre un essor important.

 

Le 27 février 1991 se déroulent les premières élections législatives démocratiques depuis l’indépendance. Elles aboutissent à la victoire du BNP dirigée par la bégum Zia Rahman, épouse du défunt général Ziaur Rahman, qui deviendra 1er ministre le 19 mars. La ligue Awami représentée par Hasina Wajed, fille du père de la patrie Rahman Mujibur, est battue.

Peu après, la constitution sera amendée et le parlement retrouvera ses prérogatives.

 

Le 29 avril 1991, le Bangladesh est frappé par un cyclone qui fait environ 140 000 morts.

 

Le 27 septembre 1993, une fatwa est émise par des fondamentalistes musulmans à l’encontre de l’écrivaine Taslima Nasreen qui quittera son pays en 1994.

 

En 1996 est créé le parti fondamentaliste religieux JMB (= Jamaal-ul-Muhajideen Bangladeshi) par sheikh Abdul Rahman.

 

Le 27 mars 1996, la bégum Zia Rahman démissionne suite à l’agitation croissante qui règne dans le pays en raison d’une détérioration économique et de l’accroissement des inégalités sociales.

 

Le 26 juin 1996, les législatives offrent la victoire à la Ligue Awami et Cheikh Hasina Wajed devient chef du gouvernement.

 

En 1999, un typhon cause la mort de 138 000 personnes.

 

Le 1 octobre 2001, le BNP remporte la bégum Khaleda Zia Rahman revient au pouvoir. Lors de la campagne électorale, on a dénombré environ 140 morts.

 

En 2006, un Bangladeshi, Mohammed Yusuf, reçoit pour la première fois le prix Nobel de la paix suite à son engagement dans le microcrédit pour aider les pauvres. 

 

Le 11 janvier 2007, le président déclare l’état d’urgence afin de mettre fin aux troubles (35 morts et des milliers de blessés depuis octobre) qui secouent le pays.

La période du gouvernement intérimaire va durer de janvier 2007 à décembre 2008. L’armée reporte les élections en raison des troubles et elle s’attaque à la corruption. C’est ainsi que  Khaleda Zia et Hasina Wajed sont inculpées. Elle s’attaque aussi aux groupes djihadistes accusés d’avoir fomentés des attentats et leurs leaders seront exécutés.

 

Le 15 novembre 2007, le Bangladesh est frappé par un nouveau cyclone qui fait environ 5 000 morts.

 

Le  29 décembre 2008,  la Ligue Awami remporte une victoire écrasante et Cheick Hasina Wajed revient au pouvoir.

 

En janvier 2010, le Hefajat-e-Islam qui est un mouvement musulman radical, est fondé.

 

 

Le Bangladesh aujourd’hui

 

En mars 2010, un tribunal international chargé de juger les crimes contre l’humanité (« the International Crimes Tribunal » ou ICT) commis pendant la guerre civile est créé. Mais, d’une part, ce tribunal n’a rien d’international (il n’est d’ailleurs pas reconnu par la communauté internationale) et, d’autre part, les accusés appartiennent tous à l’opposition et en particulier au Jammaat-e-islami, allié du BNP ….

 

En novembre 2012, un incendie éclate dans une usine textile qui fabrique des vêtements pour des marques occidentales et cause la mort de 111 personnes. C'est l'incendie le plus meurtrire de l'histoire du Bangladesh mais surtout ce drame démontre les mauvaises conditions de travail et de sécurité qui règnent dans le secteur du textile. 

 

Le 6 avril 2013, entre 100 000 et 500 000 manifestants défilent à Dacca à l'initiative de membres du Hefajat-e-Islam, mouvement fondamentaliste soutenu par le parti islamiste Jamaat-e-islami, contre les « blogueurs athées » avec pour slogan : «Dieu est grand, pendez les blogueurs athées». C’est une des plus importantes manifestations qu’ait connues le Bangladesh.

 

Le 24 avril 2013, dans la banlieue de Dacca, un immeuble de 9 étages, le Rana Plaza, occupé par de nombreux  ateliers de confection, s’effondre ce qui provoque la mort de 1 127 personnes, majoritairement des femmes. Alors que la veille des fissures avaient été découvertes par des inspecteurs et l’évacuation de l’immeuble requise, les employeurs des ateliers textiles avaient assurés le lendemain à leurs salariés que, finalement, l’immeuble était sûr et que le travail devait reprendre ….

Le Bangladesh est le 2ème exportateur mondial de vêtements (7) derrière la Chine avec pour acheteur des grandes marques telles Walmart, Carrefour, Camaïeu, Auchan, H&M, etc ….

 

Le 5 mai 2013, plus de 200 000 personnes manifestent à l’initiative du Hefajat-e-Islam pour l’application de 13 mesures dont l’application d’une nouvelle loi sur le blasphème, l’interdiction de la mixité entre les hommes et les femmes dans les lieux publiques, la disparition des sculptures, etc …. Des violences éclatent à l’issue desquelles  on dénombre une vingtaine de morts.

 

Le 24 octobre 2013, Cheikh Hasina refuse de laisser la place à un gouvernement neutre et transitoire (c’est une tradition bangladeshie) qui devait permettre d’organiser les élections législatives sans qu’aucun parti ne puisse les influencer. C’est le début des manifestations de l’opposition.

 

Le 13 novembre 2013, un accord est trouvé pour augmenter le salaire minimum des 4 millions d’employés dans le textile après plusieurs mois de manifestations contre les faibles salaires et les mauvaises conditions de travail provoquées par l’effondrement du Rana Plaza. Ce dernier va passer de  3 000 à 5 300 taka (de 38 à 68 dollars quand les ouvriers en réclamaient 100 …) mais il reste tout de même inférieur à celui qui est versé dans les autres asiatiques hormis le Myanmar (Birmanie).

 

Le 12 décembre 2013 intervient la première exécution en application d’un jugement rendu par l’ICT : Abdu Kader Mollah est pendu. Membre dirigeant du Jammaat-e-islami, il avait été reconnu coupable d’avoir fait massacré des centaines de personnes durant la guerre civile.

 

Durant toute l’année 2013, on a recensé plus de 500 morts causés par des violences dans tout le pays soit le plus lourd bilan depuis 1971 ….

 

Le 5 janvier 2014, les élections législatives sont boycottées par le BNP qui n’a pas admis que Cheikh Hasina ait refusé la mise en place d’un gouvernement transitoire. La victoire revient forcément à la Ligue Awami malgré un important taux d’abstention et 22 morts dans des violences. L’opposition conteste l’élection.

 

 

En conclusion,

 

Le Bangladesh est un pays qui donne l’impression d’être toujours en proie à l’agitation politique, religieuse et sociale incessante quant il n’est pas victime d’une catastrophe météorologique.

Politique, car depuis des années, on assiste à une sorte d’affrontement permanent opposant deux femmes, Cheik Hasina, présidente de la Ligue Awami depuis 1981, et la begum Khaleda Zia, présidente du BNP depuis 1984.

Religieux, car les fondamentalistes musulmans veulent toujours plus imposer leur conception de la société aux autres.

Sociale, car le pays est à la fois un des plus corrompus au monde, un des plus pauvres et un de ceux où le cout de la main d’œuvre est la plus basse.

Malgré tout, la démocratie s’est instaurée depuis les années 90 et tient toujours alors que le pays avait subi une vingtaine de coups d’Etats. Et puis, la croissance économique qui, chaque année, atteint en moyenne les 6 % permet au Bangladesh d’espérer de ne plus être un PMA dans un proche avenir, d’autant plus qu’il fait parti d’un continent où le développement économique est fulgurant.

 

 

 

Notes :

1 = D’après l’UNICEF, il y a eu 3 150 200 naissances en 2012 (3 016 000 en 2011)

2 = 98 % d’après le recensement de 2001

3 = les sunnites sont majoritairement de rite hanafite

4 = chiffres de la banque mondiale et du FMI

5 = chiffres de la FAOSTAT

6 = chiffre de BP statistical review of world energy

7 = le textile, c’est 80 % des exportations, 50 % de la production industrielle totale du Bangladesh, un chiffre d’affaires de 27 milliards de $ et 4 millions de personnes employées

 

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