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Géopolitis21

Erythrée - Ethiopie, un conflit entre deux frères ennemis

6 Février 2011 , Rédigé par hunza Publié dans #Géopolitique

Dans la corne de l’Afrique, l’Ethiopie et l’Erythrée sont comme 2 frères ennemis depuis près de 20 ans. Alors que les dirigeants de ces 2 pays ont combattu ensemble et ont gagné ensemble, l’histoire les a peu à peu entraînés vers l’opposition et la guerre. Or l’Ethiopie est un pays enclavé qui aurait tout à gagner à profiter des débouchés maritimes de l’Erythrée. Idem pour ce dernier qui maintient une culture de guerre depuis des dizaines d’années et qui aurait tout à gagner de la paix avec son puissant voisin. Qu’en est il en 2011 ?

   Erythree_carte.JPG

 

 

Rappel historique sur  l’Ethiopie et l’Erythrée

 

  • L’Erythrée

 

L’Italie est un Etat jeune puisque sa réunification date de 1870. Il veut imiter la France et la Grande Bretagne et disposer de colonies. Or la Grande Bretagne rencontre des problèmes au Soudan et redoute que la France étende sa zone d’influence de l’actuel Djibouti à son empire africain en coupant l’axe Le Caire – Le Cap. C’est pourquoi l’Italie est la bienvenue dans cette partie de l’Afrique car elle empêchera les Français de réaliser leur projet.

 

1889-1941 = colonie italienne.

Au commencement de la colonisation, les Italiens vont conquérir des territoires jusqu’à ce qu’ils rencontrent des résistances. Ainsi naît le territoire actuel de l’Erythrée qui, auparavant, n’avait jamais existé en tant que nation.

1940 = l’Italie entre en guerre contre la France et la Grande Bretagne.

Avril 1941 = lors de la bataille de Keren, les Italiens sont battus par les Britanniques qui vont s’emparer d’Asmara le 1er avril.

 

1941-1952 = période britannique

Après la guerre, la question se pose du devenir de la colonie italienne. Finalement l’ONU opte pour la mise en place d’une fédération avec l’Ethiopie.

 

La présence italienne puis britannique est déterminante dans la construction de l’identité érythréenne avec tout ce que ces derniers ont pu apporter d’Europe (idées et démocratie, progrès technique, développement économique) alors que l’Ethiopie reste figée dans le féodalisme.

 

1952-1993 = période éthiopienne

1 septembre 1961 = début de la lutte armée conte l’Ethiopie qui n’a pas respecté ses engagement envers les Erythréens.

 

Si les Erythréens ont donc bien conscience d’être différents des Ethiopiens, c’est la guerre de libération qui va forger la nation érythréenne.

 

25 mai 91 = la rébellion s’empare d’Asmara.

Fin mai = cessez-le-feu entre les belligérants.

24 mai 1993 = proclamation de l’indépendance après l’organisation d’un référendum en avril.

C’est le chef victorieux de la rébellion Issayas Afeworki qui devient président du nouvel Etat.

 

  • L’Ethiopie

 

Le mythe fondateur de l’Ethiopie remonte à la période de la reine de Saba et du roi Salomon  et c’est le seul Etat africain à ne pas avoir été colonisé.

Une grande partie du territoire actuel de l’Erythrée a fait historiquement partie de l’Ethiopie. Ainsi le royaume d’Aksoum au début de l’ère chrétienne rassemblait les terres tigréennes qui sont maintenant divisées entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Les nationalistes éthiopiens y puisent une grande partie de leurs argumentations.

 

Septembre 1895 = les Italiens tentent d’envahir l’Ethiopie à partie de leur territoire érythréen mais ils sont battus à Adoua le 1er mars 1896.

Octobre 1935 = Mussolini veut venger la défaite d’Adoua et envahit l’Ethiopie. Le 5 mai 1936, Addis Abeba tombe et les Italiens annexent l’Ethiopie.

1941 = les Italiens sont chassés par une intervention franco-britannique et l’Ethiopie retrouve son indépendance.

15 avril 1952 = l’ONU décide de fédérer l’Erythrée à l’Ethiopie pour remercier l’Ethiopie de son combat antifasciste.

1 septembre 1961 = soulèvement érythréen.

15 mars 62 = l’Ethiopie annexe l’Erythrée qui devient une province de l’E

12 sept 74 = le Négus est renversé par une junte militaire qui va instaurer une dictature socialiste.

1976 = le front de libération de l’Erythrée fait alliance avec le front de libération Tigréen

1977 = dans le cadre de la guerre froide, l’URSS devient l’allié du régime éthiopien qu’elle aide massivement sur le plan militaire.

1985 = avec l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir, l’URSS va peu à peu diminuer son aide militaire à l’Ethiopie.

21 mai 91 = entrée victorieuse des rebelles tigréens aidés des Erythréens à Addis Abeba conduits par leurs chefs, Meles Zenawi et Issayas Afeworki.

4 juillet 93 = l’indépendance de l’Erythrée est accordée en remerciement de l’aide que la rébellion érythréenne avait apportée aux rebelles éthiopiens.

 

Le conflit Erythrée - Ethiopie depuis 1993

 

Rapidement la situation s’est dégradée entre les deux nations au point d’en arriver à la guerre de 1998-2000 pour des frontières mal démarquées. Si des raisons économiques mais aussi idéologiques en sont à l’origine, c’est surtout l’immense déception des Erythréens d’avoir aidé l’Ethiopie à se libérer du joug marxiste sans en avoir été véritablement  récompenser qui prévaut. Il y a aussi le souvenir tenace d’avoir été plus avancé que l’Ethiopie avant le début de la lutte de libération et de constater que peu à peu cette « supériorité » tend à s’effacer.

 

  • La guerre

 

Le 6 mai 1998 débute une guerre entre l’Erythrée et l’Ethiopie suite à un différend frontalier concernant le triangle de Yirga (ou triangle de Badme). Asmara estime que cette zone lui appartient car un accord frontalier de 1902 signé entre les Britanniques (présents au Soudan), les Italiens et les Ethiopiens attribuaient Badme et Tsorona aux Italiens et donc à l’Erythrée. L’Ethiopie, quant à elle, se réfère au tracé de 1896 (traité d’Addis Abeba signé entre les Italiens et les Ethiopiens) qui lui attribuait la zone de Badme.

Le 18 juin 2000 = cessez-le-feu avec l’Erythrée après une offensive victorieuse mais qui n’a pas détruit l’armée adverse.

Bilan du conflit = environ 80 000 morts.

Le 12 décembre 2000 sont signés les Accords d’Alger sous l’égide de l’OUA avec l’Algérie et les USA comme garants. Ils prévoient qu’une commission d’arbitres internationaux tranchera le conflit frontalier dans un délai de deux ans.

 

  • L’après guerre

 

Des casques bleus de la MINUEE (mission des Nations Unies en Ethiopie et en Erythrée) sont déployés le long d’une zone tampon démilitarisée de 25 km à l’intérieur de l’Erythrée.

13 avril 2002 = la commission arbitrale rend sa décision plutôt favorable à l’Ethiopie sauf pour le village symbole de Badmé qui est attribué à l’Erythrée.

19 septembre 2003 = l’Ethiopie rejette officiellement la décision de la commission arbitrale.

Septembre 2005 = l’Erythrée menace de reprendre les hostilités devant le refus de l’Ethiopie d’accepter le tracé frontalier décidé par la commission indépendante.

23 nov 05 = résolution n°1640 de l’ONU qui exige de l'Erythrée qu'elle cesse d'entraver le travail de la MINUEE et enjoint l'Ethiopie et l'Erythrée, sous peine de sanctions, à faire preuve de retenue dans leur différend frontalier.

7 décembre 2005 = l’Erythrée lance un ultimatum à l’ONU qu’elle juge trop favorable à l’Ethiopie en lui enjoignant d’évacuer tout son personnel avant le 17 décembre.

Décembre 2007 = la commission arbitrale s’autodissout après avoir procédée à la démarcation des frontières sur cartes à défaut d’avoir pu la réaliser sur le terrain en posant des bornes.

30 juillet 2008 = devant les entraves causées par l’Erythrée, l’ONU met fin au mandat de la MINUEE.

Début 2011 : la question frontalière n’est toujours pas normalisée entre l’Ethiopie et l’Erythrée qui a progressivement réoccupé progressivement la zone tampon.

 

La situation aujourd’hui

 

Si la communauté internationale avait pris des engagements explicites lors des accords d’Alger sur le règlement du conflit, elle ne les tient plus aujourd’hui. Car, l’Ethiopie, avec ses 80 millions d’habitants, sa position géographique et son potentiel dans le développement à venir, est le pays qui compte dans la corne de l’Afrique pour les grandes puissances. L’Erythrée, quant à elle, n’a que 5 millions d’habitants et est pauvre. De plus, le budget de l’armée érythréenne est disproportionné ainsi que le nombre de jeunes qui doivent effectuer leur service militaire, ce qui ne peut qu’entraver un peu plus son développement économique. L’Erythrée n’intéresse donc pas. Alors, en maintenant la pression sur la question frontalière et en soutenant tous les groupes hostiles à l’Ethiopie comme les Tribunaux islamiques en Somalie, l’Erythrée veut montrer à la communauté internationale qu’elle ne peut échapper à ses responsabilités.

 

 

L’identité érythréenne s’est forgée aux dépens de l’Ethiopie et l’Erythrée est persuadée que l’Ethiopie veut sa disparition. Issayas Afeworki, le président érythréen, et Melès Zenawi, le président éthiopien, sont tous les deux au pouvoir depuis près de 20 ans. En Erythrée, il n’y pas eu d’élections démocratiques depuis l’indépendance et, en Ethiopie, les résultats des dernières élections ont été contestées. Le pouvoir est un pouvoir fort dans les 2 pays et le non règlement du conflit frontalier peut servir les intérêts de chacun des régimes jusqu’à leur remplacement.

 

Car l’Erythrée ne peut se passer de l’Ethiopie et réciproquement. L’Erythrée a toujours dépendu de l’Ethiopie pour son économie et l’Ethiopie a besoin des ports d’Assab et de Massawa pour ses exportations et importations à cause de son enclavement. L’Erythrée aura donc tout à gagner en renouant des relations saines avec son voisin éthiopien pour profiter de son développement économique. Quant à l’Ethiopie, son unité est fragile car elle regroupe une multitude de nationalités qui pourraient la conduire à l’éclatement. Or, comme on l’a vu plus haut, l’histoire du royaume éthiopien est intimement liée avec la province du Tigré qui est divisée entre l’Erythrée et l’Ethiopie.


 

  Le 5 février 2011

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