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Géopolitis21

Arménie et Azerbaïdjan, un conflit oublié.

15 Février 2011 , Rédigé par hunza Publié dans #Géopolitique

Depuis 1994, un cessez le feu fragile règne entre l'Arménie et l''Azerbaïdjan même si officiellement ils ne se sont jamais fait la guerre. Mais chaque année entre une vingtaine et une trentaine d’hommes meurent sur la ligne de cessez le feu et surtout aucun règlement définitif ne semble possible dans un proche avenir car, au delà de l’irrédentisme arménien, la région du Caucase est sensible pour la puissante Russie et pour tous les intérêts économiques liés à l’évacuation des hydrocarbures de la Caspienne. Qu’en est il donc du conflit du Haut-Karabakh en 2011 ?


  carte.jpg

 

Rappel historique :

 

Le Haut-Karabakh peuplé à plus de 90 % d’Arméniens est attribué le 4 juillet 1921 ( ?) à l’Azerbaïdjan dont le pétrole est précieux pour les bolcheviks.

 

1985 = arrivée de Gorbatchev au pouvoir à Moscou = début de la perestroïka.

 

En 1988, à la veille des évènements relatés ci-dessous, on estime la population arménienne au Haut-Karabakh à environ 150 000 habitants auxquels il faut ajouter 40 000 Azéris. Mais tous ces chiffres sont sujets à caution.

 

20 février 1988 = le soviet de la région autonome du Haut-Karabakh vote en faveur du rattachement à l’Arménie.

 

26 février 1988 = 1 million d’Arméniens manifestent à Erevan pour le rattachement du Haut-Karabakh à l’Arménie.

 

27-28-29 février 1988 = en guise de représailles, pogrom anti arménien à Soumgait où vivent 20 000 Arméniens qui va provoquer le départ de beaucoup d’Arméniens d’Azerbaïdjan.

 

15 juin 1988 = le soviet d’Arménie vote le rattachement du Haut-Karabakh.

 

17 juin 1988 = le parlement d’Azerbaïdjan s’oppose au rattachement du Haut-Karabakh à l’Arménie. 1

 

2 juillet 1988 = les Arméniens du Haut-Karabakh proclame leur détachement de l’Azerbaïdjan.

 

Novembre 1988 = nouveau pogrom anti arménien à Kirovabad (Gandja) et nouveaux départs des Arméniens.

 

30 novembre 1989 = proclamation de la république d’Arménie unifiée (Arménie + Haut-Karabakh).

 

19 au 21 août 1991 = c’est l’échec du putsch à Moscou qui marque la fin programmée de l’URSS. La conséquence en sera le départ de l’Armée rouge du Caucase.

 

Janvier 1990 = début de la guerre larvée entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie.

 

20 mai 1990 = les nationalistes conduits par Levon Ter Petrossian gagnent les législatives .

 

30 août 1991 = l’Azerbaïdjan proclame son indépendance mais le Haut-Karabakh refuse d’être partie intégrante de cette nouvelle nation et proclame elle-même son indépendance le 2 septembre.

 

21 septembre 1991 = le oui l’emporte lors du référendum organisé sur l’indépendance de l’Arménie et, le 23 septembre, le Parlement déclare officiellement le pays indépendant.

 

Novembre 1991 = l’Azerbaïdjan engage le combat contre le Haut-Karabakh sécessionniste.

 

6 décembre 1991 = le Haut-Karabakh organise un référendum qui légitime son indépendance mais aucun Etat ne la reconnaîtra.

 

21 décembre 1991 = c’est la fin de l’URSS.

 

31 décembre 1991 = l’Arménie signe avec la Russie un traité d’amitié, de coopération det de sécurité avec la Russie.

 

La guerre du Haut-Karabakh :

 

Officiellement, ni l’armée arménienne, ni l’armée azerbaïdjanais n’y prennent part. Et pourtant c’est bien une guerre que se livreront les 2 pays. Par contre, le rôle de la diaspora arménienne est très important dans l’aide qu’elle apporte à ses compatriotes durant tout le conflit.

En mai 1992, les Arméniens s’emparent du couloir de Latchine qui leur permet de relier l’Arménie au
Haut-Karabakh.

Mai 1992 = le président azerbaidjanais Ayaz Moutalibov est chassé du pouvoir à cause des défaites encaissées par son pays.

En juin 1992, élection du nouveau président, Alboufaz Elchibey, qui va mener une politique anti russe, pro turque et pro occidentale.

Juin 1993 = Elchibey est évincé lui aussi en raison des défaites azerbaidjanaises et c’est Heydar Aliev qui sera élu en octobre qui va rapprocher son pays de la Russie.

1993 = la Turquie solidaire des Azerbaidjanais ferme sa frontière avec l’Arménie.

12 mai 1994 = c’est le cessez le feu entre les deux protagonistes.

Le bilan de la guerre est lourd car on estime qu’il y a eu entre 25 à 35 000 tués. L’Azerbaïdjan a perdu, en plus du
Haut-Karabakh, près de 9 % de son territoire qui forme maintenant un glacis militaire au profit des Arméniens. Près de 800 000 Azéris sont déplacés ainsi que 400 000 Arméniens qui ont du quitter l’Azerbaïdjan.
Quel rôle militaire à jouer la Russie ? Il semblerait qu’au début du conflit des Russes se soient trouvés aussi bien du coté azéri que du coté arménien. Puis, au cours du conflit, s’il est certain que Moscou a fourni du carburant à l’Arménie, il est difficile de dire que des soldats russes aient combattu aux cotés des Arméniens, sinon en tant que volontaires.
Des négociations vont débuter sous l’égide de l’OSCE pour arriver à la signature d’un traité de paix qui règlerait le problème du
Haut-Karabakh. Le groupe de Minsk est mis en place qui regroupe la Russie, les USA et la France. 


Où en est on en 2011 ?


Il n’y a pas eu de vraies négociations depuis 1994. Pour l’Arménie, le
Haut-Karabakh est non négociable et pour l’Azerbaïdjan, l’amputation de son territoire est inacceptable ….

Côté
Haut-Karabakh : En 2006, une constitution a été votée et adoptée par référendum. L’année dernière, des législatives s’y sont déroulées mais, rappelons le, si le Haut-Karabakh est une république « de facto », il n’est pas une république « de jure ».

Côté arménien : Le 3 février 1998, le président arménien Ter Petrossian, qui avait tenté une démarche de paix avec le voisin azéri, a été obligé de démissionner. C’est le président du
Haut-Karabakh, Robert Kotcharian, qui le remplace le 30 mars 1998 à la tête de l’Arménie. En octobre 1999, une tentative de prise d’otage au parlement d’Erevan se termine par la mort du chef de gouvernement et du président du parlement qui avaient une vision différente sur l’avenir du Haut-Karabakh que celle de R. Kotcharian. Ainsi, à la tête du pouvoir arménien, règnent les « anciens combattants ». Lors des présidentielles de février 2008, c’est un proche de Kotcharian qui est élu en la personne de Serge Sarkissian. Le 6 septembre 2008, les présidents turc et arménien se sont rencontrés dans le cadre d’un match de football à Erevan opposant les équipes de chacun de leur pays. Or la Turquie est l’alliée de l’Azerbaïdjan. Un accord a même été formalisé entre les 2 présidents en octobre 2009 mais, début 2011, aucun parlement des 2 pays ne les a ratifiés .… Il est à noter qu’aucun gazoduc BTE et BTC ne passent par l’Arménie.

Côté azéri : Si le président a changé depuis la fin du conflit en 1994 puisque le fils d’Heidar Aliev, Ilham Aliev, a été élu le 15 octobre 2003, l’objectif reste la reconquête des territoires perdus. Par des moyens diplomatiques ou militaires. Mais, l’intervention armée de la Russie en Géorgie en août 2008 a certainement refreiné les ardeurs de l’Azerbaïdjan quant à une reconquête armée car, elle a montrée que les USA n’avaient pas bougé. Le récent rapprochement entre la Turquie et l’Arménie a pu aussi inquiété l’Azerbaïdjan mais, comme je l’ai écrit ci-dessus, les négociations sont bloquées.

Côté russe : En août 2010, le président russe a signé avec le président arménien le prolongement du bail de la base militaire qu’elle occupe à Gyumri depuis 1995. Pour les Arméniens, c’est un gage de sécurité et pour les Russes l’affirmation d’assurer sa puissance sur le Caucase qu’elle estime toujours devoir faire partie de sa zone d’influence. La Géorgie, en voulant trop se rapprocher de l’ouest, en a fait l’amère expérience durant l’été 2008. L’Azerbaïdjan se montre plus prudente même si elle regarde depuis longtemps vers l’ouest comme le démontre la construction des récents gazoducs qui contournent la Russie. Alors, pour la Russie le statu quo actuel est intéressant car il lui permet de faire pression sur l’Azerbaïdjan comme sur l’Arménie. Sans oublier sa volonté de vouloir contrôler l’exportation des hydrocarbures vers l’ouest.

Côté iranien : L’Iran fait parti de l’axe Moscou-Erevan-Téhéran. S’il entretient de bonnes relations avec l’Arménie, son attitude envers l’Azerbaïdjan reste réservée car la population azérie représente une importante minorité en territoire iranien. En 2006, 6 millions d’Azéris ont été recensés en Iran et ils pourraient se sentir un jour plus proche de Bakou que de Téhéran.


Quelles solutions ?

 
C’est l’OSCE qui est en charge du dossier depuis 1992 et, jusqu’à présent, elle n’a réussi qu’à faire signer le cessez le feu à Bishkek en 1994. Mais comment concilier les 2 principes internationaux que sont le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et l’intégralité territoriale ?
En novembre 2007, à Madrid, des propositions concrètes sont avancées :

  • organiser un référendum dans le Haut-Karabakh mais l’Azerbaïdjan s’y oppose.
  •   Restitution des provinces azéries tout en créant un couloir reliant le Haut-Karabakh à l’Arménie dont la sécurité serait confiée à la communauté internationale mais l’Arménie s’y oppose.

En vain.
D’autres solutions sont envisagées comme :

  • établir une confédération Haut-Karabakh + Bakou au sein de l’Azerbaïdjan mais cela signifie pour les Arméniens céder le Haut-Karabakh.
  • procéder à un échange de territoire = en échange du Haut-Karabakh et du corridor de Latchine qui le relierait à l’Arménie, Erevan cèderait à l’Azerbaïdjan la région de Nehgri et une partie de celle du Zanguezour pour lui permettre d’assurer une continuité territoriale entre son territoire et l’enclave du Nakhitchevan. Cela signifie pour l’Arménie d’une part de céder une partie de son territoire et d’autre part d’abandonner sa frontière avec l’Iran, pays avec lequel elle entretient de bonnes relations.   

 

Un changement d’attitude de la Russie dans la région, à condition que les USA cessent d’empiéter sur sa zone d’influence qu’est le Caucase, une approche différente des Arméniens de la question du Haut-Karabakh comme celle des Serbes sur leurs anciennes provinces et une reconnaissance des Azéris du particularisme du Haut-Karabakh sont les souhaits qu’on peut émettre pour un règlement pacifique de ce conflit meurtrier qui s’éternise dans le temps.

 

 

Le 14 février 2011

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